LES INTERJECTIONS… OH LÀ LÀ!

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Article rédigé par Chrysoula ROUGA

 

Coucou ! Après une longue période d’absence, me voilà de retour. Ouf ! En plus, vous avez peut-être constaté que le blog a fait peau neuve. Youpi ! Alors, avez-vous deviné de quoi on va parler aujourd’hui ? Probablement, vous pensez «Oh là là ! C’est difficile». Mais, non. Pas du tout. Aujourd’hui, on va découvrir ensemble les interjections, ces petits mots courts qui en disent long ! Allez ! Et hop ! On commence.
D’après Le Bon usage de Grevisse,

«l’interjection est une sorte de cri qu’on jette dans le discours pour exprimer un mouvement de l’âme, un état de pensée, un ordre, un avertissement, un appel».

 

Du point de vue étymologique, le mot interjection est emprunté du latin interjectio, de interjicere (inter = entre et jacere = jeter).
En fait, on appelle interjections le ou les mots invariables et autonomes, insérés dans le discours pour exprimer d’une manière vive une émotion, un sentiment, un ordre surtout à l’oral, en poésie et au théâtre.

 

Certaines d’entre elles se réduisent à des simples bruits imitatifs ou à des cris. On les appelle alors onomatopées. C’est le cas de l’atchoum de l’enrhumé, du dring du téléphone qui sonne, du tic-tac de l’horloge etc.
C’est le père de la comédie, le poète grec Aristophane qui a ouvert la voie dans l’Antiquité avec le concert que donnent ses «Grenouilles» : brekekex, koax koa suivi du chant des «Oiseaux» : epopopoi popoi popoi, kikkabau kikkabau torotorotolilix !
Si vous essayez de les répéter, de fous rires sont garantis…
Ces petits mots, très fréquents en français, sont en quelque sorte des «fossiles vivants» du langage vu qu’ils sont très primitifs et qu’elles apparaissent très tôt dans le langage. On les entend et plus tard on les utilise de manière inconsciente et automatique depuis notre enfance. Par exemple, on a entendu mille fois nos parents nous dire spontanément «chut !» chaque fois qu’on faisait du bruit.

 

La forme des interjections

 

Les interjections peuvent être :

 

a) des noms (parfois accompagnés d’un déterminant ou d’une préposition)
Ex. Attention ! , Au secours ! , Ma parole ! , Ciel ! , Foin ! , Grâce ! , Courage !

 

b) des adjectifs (parfois accompagnés d’un adverbe)
Ex. Chouette ! , Tout beau ! , Chic ! , Mince !

 

c) des adverbes
Ex. Comment ! , Bien ! , En avant ! , Doucement !

 

d) des verbes (souvent à l’impératif)
Ex. Allons ! , Tiens ! , Tu parles ! , Voyons ! , Suffit ! , Dis donc !

 

e) des locutions / phrases figées
Ex. Tant pis ! ,  Sauve qui peut ! , Fouette cocher ! *
* Il s’agit d’une interjection utilisée par les passagers des calèches pour dire au cocher de lancer les chevaux. Elle est utilisée pour signifier un départ.

 

f) des onomatopées imitant des bruits, des sons ou des cris
Ex. Crac ! , Pouf ! , Boum ! , Chut ! , Tic-tac !
 
Il y a aussi des interjections d’origine étrangère qui sont employées en français. Voici quelques-unes :

 

Baste ! (de l’italien basta, 3e personne du singulier de l’indicatif présent de bastare qui signifie suffire)
Cette interjection indique qu’on attache peu d’importance à une chose
Ex. Il dit cela. Baste ! il n’en fera rien.

 

Bravo ! (de l’adjectif italien bravo / brava qui signifie capable)

 

Halte ! (de l’allemand halten, s’arrêter)

 

Eurêka ! (du grec εὕρηκα qui signifie j’ai trouvé !)

 

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Et puisqu’on parle du grec voici la petite histoire d’eurêka !

 

Eurêka est une interjection employée lorsqu’on découvre subitement la solution d’un problème. C’est la translittération d’une exclamation attribuée au savant grec Archimède. Très porté sur la physique, on raconte qu’Archimède fait une découverte capitale en prenant son bain. A l’époque, le roi de Syracuse, Hiéron II, lui demande si sa couronne est faite d’or pur ou d’un alliage. Or, pour le savoir, il faudrait en connaître la densité, ce qui signifie avoir accès au poids et au volume de la couronne. La peser est aisé : il suffit de la mettre sur une balance. Mais comment calculer son volume ?
C’est à cette question qu’Archimède réfléchit dans son bain. Soudain, il remarque que le poids de ses membres diminue. Il comprend que cette perte de poids correspond au volume d’eau déplacée. Or, l’eau étant liquide, elle peut se mettre dans une boîte dont on peut mesurer le volume. En plongeant la couronne dans l’eau et en récupérant l’eau déplacée, on peut donc ainsi connaître son volume. De cette façon, muni du poids et du volume de la couronne, Archimède détermine la densité globale de la couronne.
Le savant, euphorique de sa découverte, sort dans la rue en criant « Euréka ! » (j’ai trouvé).

 

 

Interjections, le langage du cœur

 

On pourrait dire que les interjections sont en quelque sorte le langage du cœur, langage qui est entendu chez tous les peuples.

 

Aïe !
Mais pourquoi y avoir recours dans notre discours oral alors qu’on aurait tout simplement pu exprimer ce que l’on ressent avec une phrase simple ? Eh bien, imaginez que vous êtes dans la salle d’attente du dentiste horrifié de passer bientôt sous la roulette. Tout à coup, vous entendez un patient s’écrier Aïe ! Ce cri prouve le sentiment de la souffrance dans l’âme de cette personne (et vous donne envie de fuir mais ça c’est une autre histoire…). Il vous prouve que cette personne souffre comme si elle vous eût dit de manière explicite : «Je ressens une forte douleur». L’interjection et la phrase ont le même sens et pourtant vous êtes plus affecté par le cri interjectif que par la proposition froide, n’est-ce pas ?

 

 

 

 

 

Les interjections peuvent exprimer :

 

L’étonnement / l’admiration : Ah ! Oh ! Ça alors ! Mon dieu ! Seigneur ! Oh là là !
L’encouragement : Bravo ! Courage ! Vive … ! Olé ! Allez ! Hop !
La satisfaction / la victoire / la joie : Youpi ! Hurrah ! Hourra ! Chic ! Chouette ! Super ! Extra ! Ouais ! Eh bien ! Ah bon ! Oh là là ! Ah !
Le soulagement : Ouf ! Ah !
L’appel : Ho ! Hé ! Hem ! Ohé ! Allô ! Holà ! Psitt ! Coucou !
L’avertissement : Attention ! Au secours ! Sauve qui peut ! Gare !
L’ordre : Baste ! Stop ! Halte ! Chut ! Silence ! Ouste !
La douleur : Aïe ! Ouille ! Ah ! Hélas ! Oh ! Hi ! hi ! Heuheu !
Le dégoût / le mépris : Beurk ! Beuh ! Pouah ! Peuh ! Fi ! Pfff ! Bah !
La peur : Ah !
Le mécontentement / la déception / l’agacement: Zut ! Mince ! Malheur ! Bon sang ! Oh là là !
Le doute / l’incrédulité : Euh ! Hem ! Hum ! Quoi ! Hein !
La résignation : Bon ! Tant pis ! Hélas !
La maladresse : Oups ! Zut !
L’impatience : Et hop ! Zest ! Hop-là ! Ah !
L’interrogation : Comment ? Hein ?
 
Comme vous avez peut-être remarqué, certaines interjections peuvent être utilisées pour exprimer plusieurs sentiments. Parmi celles-ci les interjections Ah ! et Oh là là ! ont une place particulière.
Ainsi,  Ah !  exprime la joie, la douleur, l’admiration ou l’impatience.
Exemples :
Ah ! que je suis heureuse de te revoir ! (joie)
Ah ! quel malheur ! (douleur)
Ah ! que cela est beau !  (admiration)
Ah ! comment on va faire ? (impatience)

 

Oh là là ! est un autre cas à part. C’est une interjection considérée par les Français comme l’un des symboles de la France. Elle survient dans plusieurs contextes tantôt positifs tantôt négatifs. Son sens (agacement, étonnement, joie) est étroitement lié à la prosodie qu’on lui affecte.
Exemples :
Marion, viens manger ! J’ai du Nutella. Oh là là ! J’arrive tout de suite ! (joie, enthousiasme)
– Désolé ! Je suis encore en retard. – Oh là là ! Quand est-ce que tu seras à l’heure ? (agacement)
– Il y a toujours des enfants qui meurent en Afrique ! – Oh là là ! C’est horrible ! (déception / étonnement)

 

Quelques remarques sur les interjections

 

 1.  Position dans la phrase

Les interjections n’ont pas de position fixe mais il ne faut pas les placer entre deux mots inséparables comme le sujet et le verbe.

 

 

2.  Genre et nombre

On a déjà dit que les interjections sont des mots invariables. Cependant, elles peuvent aussi se rencontrer au pluriel lorsqu’il s’agit d’un nom.
Ex. Mille diables ! (dans ce cas, le nom doit se mettre au pluriel pour être en accord avec mille)

 

 

3.  Complément

Certaines interjections peuvent être accompagnées d’un complément.
Gare à vous !
Zut pour le chapeau !
Adieu pour tout jamais !

 

 

4.  Le point d’exclamation

Savez-vous qu’autrefois le point d’exclamation était appelé point d’interjection ?

 

Voyons ce qu’écrit Balzac :

«Aussitôt que les dames s’étaient aperçues que l’affaire se passait en conversation entre la reine et l’avocat, elles avaient chuchoté. J’ai même fait grâce des phrases à point d’interjection qu’elles lancèrent à travers le discours de l’avocat

 

 

5.  La ponctuation

Un dernier mot sur la ponctuation : une interjection peut être suivie d’un point d’exclamation pour encore plus d’emphase ou d’une virgule pour se fondre dans la phrase. Signalons enfin que la majuscule disparaît après le point d’exclamation lorsque l’interjection fait partie intégrante du propos.

 

Exercice

 

Avant de vous laisser, je vous propose un exercice où il faut inventer des répliques qui contiennent des interjections. Laissez libre cours à votre imagination!
1.  Les vacances d’été approchent.
2.  Quelle est la superficie du Canada?
3.  C’est mon anniversaire aujourd’hui. C’est moi qui paie!
4.  La fac, ça marche?
5.  Il fait un froid de canard aujourd’hui!

 

Voilà pour les interjections. J’espère que vous n’allez pas dire «Bof !» après avoir lu cet article.

 

CHRYSOULA ROUGA
Professeur de FLE
http://www.scoop.it/t/passion-fle

 

Pour apprendre davantage sur les interjections je vous conseille de regarder ces vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=Y7afXX3kIyQ

https://www.youtube.com/watch?v=JAnr24HoUWE

 

 

SITOGRAPHIE:

http://www.espacefrancais.com/les-interjections/

http://mamiehiou.over-blog.com/article-qu-est-ce-qu-une-interjection-qu-est-ce-qu-une-onomatopee-105387089.html

http://www.aidenet.eu/grammaire28.htm

http://parlons-francais.tv5monde.com/webdocumentaires-pour-apprendre-le-francais/Memos/Lexique/p-756-lg0-Des-mots-courts-qui-en-disent-long.htm

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

Le Bon usage de Maurice Grevisse, Ed. Duculot

Les Expressions françaises pour les Nuls de Marie-Dominique POREE-RONGIER, éd.poche

 

Crédit photo:

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