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QUELQUES FIGURES DE STYLE POUR PARLER AVEC STYLE

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Nous sommes en plein printemps ! Il fait un temps splendide, les arbres ont fleuri et d’après le dicton «en mai, il est temps de faire ce qu’il nous plaît». Et quoi de mieux qu’aller boire un verre avec nos amis. Alors, vous vous asseyez sur la terrasse d’un petit restaurant sympa et vous commandez quelque chose à boire et à manger. Mais quelques minutes plus tard, vous êtes toujours en train d’attendre. Vous appelez le serveur et vous lui dites sur un ton un peu énervé : «Garçon, nos boissons et notre omelette, elles arrivent bientôt ?».
Quand vous émettez l’idée d’aller boire un verre et quand vous demandez si les boissons et l’omelette arrivent bientôt, vous utilisez (peut-être inconsciemment) une figure de style, la métonymie car ce n’est pas le verre mais plutôt son contenu que vous allez boire. De même, ce n’est pas l’omelette qui va arriver mais plutôt le serveur apportant le plat qui la contient.
J’ai fait cette petite introduction juste pour montrer que les figures de style ne sont pas l’apanage des grands auteurs, des savants ou des professeurs de français mais que chacun de nous les emploie souvent dans le langage courant sans peut-être s’en rendre compte.

«Il se fait plus de figures dans un jour de marché, à la halle, qu’il ne s’en fait en plusieurs jours d’assemblées académiques».

César Chesneau Dumarsais (grammairien)

On appelle figures de style ou de rhétorique les procédés d’expression qui s’écartent de l’usage ordinaire de la langue et donnent une expressivité particulière au propos.

D’ailleurs, la rhétorique existe depuis l’Antiquité et des auteurs comme Aristote en Grèce et Cicéron à Rome ont parlé de l’importance de cet art oratoire qui vise à convaincre le public. C’est aussi le but des figures de style qui, en jouant avec l’écart entre ce qui est dit et ce qui est suggéré, font vivre avec plus de force, de conviction et d’originalité nos paroles et nos écrits.

Alors, partons ensemble à la découverte des principales figures de style pour apprendre à parler et à écrire avec style.

 

LES FIGURES DE L’ANALOGIE 

 

Il s’agit de figures de style qui permettent de rapprocher deux éléments pour les comparer et les associer ou pour créer des images.

 

LA MÉTAPHORE

«Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage.»

Baudelaire, L’Ennemi

«Métaphore» vient du grec metaphora, qui signifie «transfert» ou «transport» – au sens matériel comme au sens abstrait. Il s’agit en effet d’un procédé de langage où l’on effectue un transfert de sens. On remplace une chose par quelque chose qui lui ressemble ou l’évoque (ex. la racine du mal, l’espoir qui fleurit…).

La métaphore rapproche deux termes, le comparant et le comparé sans l’usage d’un terme de comparaison. Quand le comparé et le comparant sont rassemblés dans un même énoncé sans terme de comparaison, on parle de métaphore annoncée comme dans la phrase de Guy de Maupassant : «un gros serpent de fumée noire».

Par contre, dans la métaphore directe seul le comparant est exprimé : ««une étoile brille derrière une vitre». Quand une métaphore est reprise par plusieurs termes et qu’elle se trouve ainsi longuement développée, on parle de métaphore filée.On en trouve un exemple dans Le Père Goriot de Balzac :

«Mais Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaîtrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le ! Quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire ; quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer, il s’y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des monstres, quelque chose d’inouï, oublié par les plongeurs littéraires.»

 

L’ALLÉGORIE

«Hiver, vous n’êtes qu’un vilain !
Été est plaisant et gentil…»

Charles d’Orléans

Pour bien comprendre la notion d’allégorie, il faut commencer par son étymologie. Le mot vient du grec ἄλλος qui signifie autre et ἀγορεύω, c’est-à-dire parler en public, annoncer. L’allégorie est une autre manière à dire, elle consiste donc à «parler par figures et images» et est employée pour représenter une idée abstraite, une émotion ou un sentiment par l’utilisation d’un symbole concret ou d’un être animé.

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Ainsi, la Justice est souvent représentée par une femme aux yeux bandés tenant une balance tandis que l’image allégorique de la Paix est celle d’une colombe et d’un rameau d’olivier.

L’allégorie peut aussi investir une œuvre entière, ainsi que le montre le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris où les personnages sont des allégories comme leur nom l’indique : on voit ainsi Amant, qui en recherchant la Rose (c’est-à-dire la femme idéale) rencontre Nature mais aussi Jalousie, Danger et Bel-Accueil.
Il faut noter que l’allégorie n’existe pas uniquement comme figure de style en littérature. Les arts et surtout la peinture et la photographie offrent de nombreux exemples d’œuvres allégoriques où les symboles jouent un rôle primordial.

La Liberté guidant le peuple
La Liberté guidant le peuple

Le tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix où la Liberté prend les traits d’une femme brandissant le drapeau français et guidant le peuple en est l’exemple le plus caractéristique.

 

 

 

 

 

 

 

LA PERSONNIFICATION

«L’Habitude venait de me prendre dans ses bras et me portait jusqu’à mon lit comme un petit enfant.»

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

La personnification (du latin persona, le «masque» et par extension la personne) est le procédé qui consiste à prêter, à un animal ou à un inanimé, des sentiments, des comportements, des défauts ou des qualités humaines.

Les Fables de la Fontaine constituent un exemple typique de personnification d’animaux qui revêtent des traits humains. Ainsi, on y trouve une grenouille orgueilleuse et envieuse, une fourmi qui refuse d’aider une cigale ou un corbeau qui éprouve de la honte car il a été victime d’un renard :

«Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.»

Le Roman de Renart met également en scène des animaux dont les plus fameux sont Ysengrin le loup, éternel ami de Renart, Noble le lion, Drouineau l’oiseau et Tibert le chat.

Grâce au procédé de la personnification, on peut aussi représenter une idée abstraite sous les traits d’une personne. C’est le cas du poème Une saison en Enfer de Rimbaud dans lequel la Beauté est identifiée à une femme rejetée par le poète :

«Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux
Et je l’ai trouvée amère et je l’ai injuriée.».

Alfred de Vigny accentue la dureté de la Nature envers l’homme faible et éphémère en écrivant :

«Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse. »

 

LES FIGURES DE L’ATTÉNUATION

 

L’EUPHÉMISME

«Il est temps que je me repose.»

Victor Hugo

L’euphémisme vient du mot grec euphêmismos qui signifie usage d’un mot favorable (pour remplacer un mot qui pourrait porter malheur).

Le dictionnaire Bailly cite d’ailleurs, comme premier exemple d’euphémisme, le fait d’appeler les cruelles divinités de la vengeance Erinyes par le nom d’Euménides, les «Bienveillantes».

L’euphémisme est une figure de pensée qui consiste à exprimer d’une façon atténuée une idée triste et désagréable ou un fait qui pourrait déplaire ou choquer. On parvient ainsi à présenter une réalité vulgaire ou triste sous un jour favorable. C’est pourquoi on emploie l’euphémisme pour parler de sujets tabou tels que la mort ou la maladie afin d’éviter de prononcer ces mots effrayants, par crainte ou superstition.

On dit alors il s’est éteint au lieu de il est mort, les personnes du troisième âge au lieu de vieux ou un non-voyant plutôt qu’un aveugle.

 

LA LITOTE

«Va, je ne te hais point.»

Corneille, Le Cid

 

La litote, qui vient du grec litotês, c’est-à-dire simplicité est une figure d’atténuation qui consiste à dire moins pour suggérer davantage. Elle est toujours construite à l’aide d’une négation ou d’une tournure moins implicite et est souvent utilisée pour exprimer des aveux ou des commentaires. Ainsi plutôt que d’affirmer une chose, on nie son contraire.

La litote la plus célèbre est la phrase : «Va, je ne te hais point» prononcée par Chimène à son amant Rodrigue dans Le Cid de Corneille. Comme il serait choquant que Chimène avoue directement son amour, elle préfère utiliser cette formule pudique pour donner à entendre qu’elle l’aime envers et contre tout.

Les litotes sont souvent utilisées dans la vie de tous les jours. Citons, par exemple les expressions «ce n’est pas bête» (pour dire que c’est intelligent), «ça ne sent pas la rose» (pour dire que ça sent mauvais) ou «ce n’est pas mal» (qui signifie que c’est bon).

 

LES FIGURES DE L’AMPLIFICATION

 

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L’HYPERBOLE

«Je crois que je pourrais rester dix mille ans sans parler.»

Jean-Paul Sartre

Comme son nom l’indique (du grec «hyperballein» c’est-à-dire dépasser la mesure), on emploie l’hyperbole pour mettre en relief une idée, un sentiment ou une description en présentant une image agrandie de la réalité comme par exemple lorsqu’on dit je l’aime à la folie ou elle a versé un torrent de larmes.

Il s’agit d’une figure de rhétorique qui s’est glissée dans le langage courant, surtout avec l’emploi de «trop» ou de préfixes augmentatifs, pour insister sur un point ou produire une forte impression : c’est trop bon, c’est trop beauJ’étais mort de rire ou encore je meurs de faim sont aussi des hyperboles typiques.

 

De même, on la trouve fréquemment dans les textes épiques. Jean Racine écrit :

«Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée» pour donner une dimension épique aux horreurs de la guerre.

 

 

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L’ANAPHORE

Rome, l’unique objet de mon ressentiment !
Rome à qui vient ton bras d’immoler mon amant !
Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore !

Corneille, Horace

En grec «anaphora» désigne ce qui renvoie en arrière. Par la reprise d’un mot ou d’un groupe de mots en tête de phrase, de vers ou de paragraphe, on obtient une certaine symétrie et on provoque un effet de renforcement ou de martèlement d’une idée. Cela crée souvent un effet d’attente chez le lecteur qui se demande où ces répétitions vont mener.

Louis Aragon nous fournit un exemple d’anaphore qui amplifie dans ces vers le sentiment tragique de l’amour déchiré :

Il n’y a pas d’amour qui ne soit en douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri.

 

L’ACCUMULATION

« Adieu, veau, vache, cochon, couvée»

La Fontaine

Dans sa fable la Laitière et le pot au lait La Fontaine nous conte l’histoire d’une jeune laitière, Perrette, qui s’en va vendre son pot de lait au marché du village. Chemin faisant, elle songe à tout ce qu’elle pourra acheter grâce à cette vente : des œufs qui lui permettront d’élever des poulets en échange desquels elle aura un cochon qui lui-même revendu lui assurera une vache et son veau. Hélas, Perrette trébuche et renverse son lait. Alors, fini les rêves, « Adieu, veau, vache, cochon, couvée».

Par cette juxtaposition de mots ou de groupes de mots de même nature ou de même fonction grammaticale, le malheur de Perrette est amplifié.

L’accumulation peut aussi être utilisée pour créer du suspense, accélérer le rythme ou donner l’impression d’abondance.

On trouve également cette figure de style chez Madame de Sévigné :

«Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable…».

 

LES FIGURES DE L’OPPOSITION

 

L’OXYMORE

« Un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit»

Victor Hugo, Les Contemplations

Le mot oxymore vient du mot grec «ὀξύμωρος» (oxúmōros) qui est une alliance des mots «oxus» (pointu ou aigu, fin) et «moros» qui signifie niais, stupide.

L’oxymore consiste à rapprocher, à «unir» deux termes opposés dont le sens paraît se contredire.

C’est le cas du vers tiré des Contemplations de V. Hugo où le soleil, qui éclaire et évoque la lumière, est qualifié de noir, adjectif qui implique l’obscurité.
Exprimant ce qui est inconcevable et parfois absurde, l’oxymore arrive à créer un effet de surprise voire une nouvelle réalité poétique riche en images et en émotions fortes et parfois curieuses.

C’est un procédé très apprécié par les poètes :

«Un silence assourdissant» Albert Camus, La Chute
«Sa belle figure laide sourit tristement» Alphonse Daudet, Le Petit Chose
«Cette obscure clarté qui tombe des étoiles» Pierre Corneille, le Cid
«Le soleil noir de la Mélancolie» Gérard de Nerval
«L’orgueilleuse faiblesse» d’Agamemnon Racine, Iphigénie

Umberto Eco utilise aussi l’effet particulier de l’oxymore dans son ouvrage Comment voyager avec un saumon. Voici quelques disciplines extraites du Département d’oxymorique : «Urbanistique tzigane, Océanographie tibétaine, Phonétique du film muet, Codes de déviance, Histoire des traditions novatrices…».

Par ailleurs, on emploie fréquemment des oxymores sans parfois s’en apercevoir : un mort-vivant, un silence éloquent, une nuit blanche, la force tranquille ou bien la réalité virtuelle en sont des exemples typiques.

 

 

L’ANTIPHRASE

On emploie l’antiphrase pour exprimer le contraire de ce que l’on pense vraiment.

Elle masque souvent l’ironie comme dans la phrase : «Tu as eu un zéro en français ? Bravo ! Félicitations !» où le professeur sur un ton ironique utilise une antiphrase pour reproche à son élève ses mauvais résultats. C’est pourquoi, l’antiphrase est souvent accompagnée de termes appréciatifs.

Dans Candide, Voltaire, qui maîtrise parfaitement l’ironie dans ses textes, nous parle «des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais incommodé par le soleil».

Il s’agit d’une périphrase (les appartements d’une extrême fraîcheur désignent la prison) et d’une antiphrase puisque la prison, lieu sombre, sinistre et froid est présentée comme un endroit frais où on n’est pas gêne par la lumière trop forte du soleil. On se rend facilement compte du ton ironique de ces propos.

 

LES FIGURES DE LA SUBSTITUTION

 

LA MÉTONYMIE

«Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé»

Felix Leclerc

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Le terme métonymie vient du mot grec metônumia qui signifie changement de nom. Alors, comme son étymologie l’indique, il s’agit du remplacement d’un nom par un autre. Mais contrairement à la métaphore ou à la comparaison où le lien entre les deux termes est analogique (ressemblance de forme, de caractère, d’aspect), la métonymie est basée sur un rapport de proximité entre deux mots et exprime une réalité par le nom d’une autre réalité ayant un lien avec la première.

 

 

 

Les métonymies appartiennent souvent au lexique courant. Par exemple, quand vous invitez votre copain à boire un verre, celui-ci ne va pas penser que vous lui proposez d’ingurgiter le récipient mais bien son contenu. En fait, vous avez employé une métonymie car vous n’allez pas boire le verre mais son contenu. Ainsi, peut-on désigner :

a) le contenant au lieu du contenu : Ex. boire un verre
b) l’instrument au lieu de l’agent : Ex. Le premier violon est malade (c’est le chef des violonistes qui est malade)
c) l’artiste au lieu de son œuvre : Ex. C’est un Van Gogh (au lieu de : c’est un tableau peint par Van Gogh)
d) l’endroit au lieu de la personne : Ex. L’Élysée pense qu’il faut agir (au lieu du gouvernement)
e) l’objet au lieu de la personne : Ex. servir une table (alors qu’on va servir le client)
Dans ce dernier cas la métonymie a quelquefois la valeur de symbole comme c’est le cas du mot couronne pour parler du roi et de la reine d’un pays.

 

LA SYNECDOQUE

« Déjà les voiles au loin s’éloignaient vers Harfleur»

Victor Hugo, Demain dès l’aube

La synecdoque est une variété particulière de la métonymie. Elle consiste à utiliser le tout pour la partie ou la partie pour le tout. Il existe donc une relation d’inclusion entre les deux termes.

«La Synecdoque est donc une espèce de métonymie, par laquelle on donne une signification particulière à un mot (qui dans le sens propre a une signification plus générale ou plus particulière). En un mot, dans la métonymie, je prends un nom pour un autre, au lieu que dans la synecdoque, je prends le plus pour le moins, ou le moins pour le plus.»

C. DU MARSAIS, Des tropes, II, La synecdoque.

Examinons le vers de Victor Hugo « Déjà les voiles au loin s’éloignaient vers Harfleur». Le bateau désigne le tout tandis que son mât, sa coque ou ses voiles représentent une partie de ce tout. Les voiles désignent le navire.

synecdoque (2)La phrase «La France a gagné la Coupe du Monde en 1998» est un exemple typique où on utilise le tout pour la partie. La France (le tout) inclut l’équipe nationale française de football (la partie).

De même la synecdoque permet de décrire un objet à partir de la matière qui le compose :

ex. Je viens d’acheter un vison (un vison = un manteau fait en peau de vison), mais aussi d’utiliser le singulier là où normalement le pluriel est attendu : 

ex. L’ennemi est vaincu. (l’ennemi = tous les soldats ennemis).

 

 

 

L’ANTONOMASE

Une antonomase est une figure de style dans lequel un nom propre ou bien une périphrase énonçant sa qualité essentielle, est utilisé comme nom commun.

Un hypocrite devient ainsi un Tartuffe, un séducteur un don Juan et un très bel homme un Adonis. Inversement, quand un nom commun ou un groupe nominal est employé pour signifier un nom propre on parle également d’antonomase. Par exemple, Les Quarante est une antonomase pour l’Académie Française.

Certaines antonomases finissent par se lexicaliser et figurent dans les dictionnaires usuels. Certaines antonomases sont devenues des noms communs. C’est pourquoi elles perdent la majuscule et peuvent prendre la marque du pluriel.
Exemples : la poubelle (du nom du préfet qui a généralisé l’emploi de ce contenant), la montgolfière (inventée par les frères Montgolfier), le gruyère (qui tire son nom de La Gruyère, région en Suisse) etc.

 

LA PÉRIPHRASE

«Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu’il était, et lui donna la vie.»

La Fontaine

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Comme on devine dans la phrase ci-dessus, quand on parle du roi des animaux, on se réfère au lion. Il s’agit bien d’une périphrase, c’est-à-dire d’une locution ou d’une suite de mots qu’on emploie pour désigner quelque chose ou quelqu’un qu’on aurait pu présenter avec un seul mot. C’est une figure de style qui permet d’éviter les répétitions et de définir l’objet ou la personne de façon imagée en mettant en avant ses qualités particulières et en créant une sorte d’attente pour la suite.

 

Par ailleurs, le mot périphrase vient du grec περίφρασις, (perifrasis) déverbal de perifrazo qui signifie «exprimer par circonlocution».
Comme elle est très descriptive, la périphrase est souvent utilisée pour embellir la réalité et lui revêtir d’un aspect poétique.

C’est le cas lorsque Molière parle des commodités de la conversation au lieu des fauteuils ou du temple de la pudeur pour désigner les joues.
Il y a des périphrases littéraires comme : «Ou comme cestui-là qui conquit la toison» (pour « Jason », dans ces vers de Joachim du Bellay) et des périphrases usuelles. Elles peuvent désigner un pays une ville ou une région : la Ville Lumière (pour Paris), le pays du Soleil Levant (pour le Japon), le Nouveau Monde (pour Amérique), la Ville rose (pour Toulouse), le toit du monde (pour Himalaya), la Ville éternelle (Rome).
D’autres exemples : la langue de Molière (pour le français), le septième art (pour le cinéma), l’or noir (pour le pétrole), le siècle des Lumières (pour le XVIIIe siècle), les miroirs de l’âme (pour les yeux), le Roi soleil (pour Louis XIV).

 

Et maintenant, découvrons ensemble deux figures de style que les petits ou les plus grands enfants qui aiment lire les aventures de Tintin connaissent sans doute : la catachrèse et l’anacoluthe. Si ces mots vous paraissent familiers c’est parce qu’ils font partie des injures que le capitaine Haddock aime souvent utiliser faisant ainsi preuve de sa féroce imagination et des possibilités illimitées de la langue.

 

LA CATACHRÈSE

La catachrèse est une figure de style qui consiste à détourner un mot de son sens propre en étendant sa signification. Ainsi, quand vous dites que vous naviguez ou vous surfez sur Internet, vous avez recours à une catachrèse.

D’autres exemples :

– le pied de la table
– le bras du fauteuil
– les ailes de l’avion
– la tête d’un clou
– les artères d’une ville
– le pas de la porte
– une feuille de papier

 

L’ANACOLUTHE

Derrière ce mot étrange ne se cache pas un gros mot mais plutôt une figure de rhétorique assez fréquente à l’oral surtout lorsqu’il s’agit de maîtriser des phrases très longues.

L’anacoluthe vient du grec «anacoluthon» qui veut dire « qui ne suit pas ». Il s’agit donc d’une rupture dans la construction syntaxique d’une phrase. On commence ainsi une phrase et on la finit autrement. Cependant, lorsqu’elle est employée dans la littérature et la poésie, cette coupure ne provoque pas la rupture du lien logique. Par contre elle provoque un effet de surprise et une certaine expressivité.

Dans le poème L’Albatros de Charles Baudelaire, on trouve un bel exemple d’anacoluthe :

«Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher»

Dans Les Pensées de Pascal :

« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée. »

En dehors de son usage rhétorique, l’anacoluthe est considérée comme une construction grammaticalement fautive surtout quand elle est utilisée involontairement.

 

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Avant de vous quitter, je vous invite à lire les phrases ci-dessous et deviner de quelle figure de style il s’agit.

Voyons si vous allez sortir de ces questions avec du style !

a) Le stade en délire s’est levé pour applaudir.
b) Sois sage ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! (Baudelaire)
c) C’est une femme un peu enveloppée.
d) Hier, j’ai pris un bain de soleil.
e) Elle n’a pas pu s’empêcher de verser des torrents de larmes.
f) Une nouvelle épidémie menace le Vieux Continent.

 

Article rédigé par CHRYSOULA ROUGA

SITOGRAPHIE

http://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/figures-de-style.php
http://www.espacefrancais.com/les-figures-de-style/
http://monsu.desiderio.free.fr/atelier/figures.html
http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/dictionnaires/terminologie_figuresdestyle/lex_figuresdestyle.html
http://users.skynet.be/fralica/refer/theorie/annex/figstyl/cafistyl.htm