MONTMARTRE

MONTMARTRE : UN QUARTIER HORS DU TEMPS

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MONTMARTRE

 

«Pour moi, Montmartre, c’est un coin du passé, qui flotte au cœur de Paris, et où tous les naufragés de l’aventure essaient encore de s’y accrocher.»

Jacques Brel

 

Il existe au cœur du Paris fiévreux, un quartier hors du temps, aux ruelles tortueuses, aux impasses imprévues parsemées de jardins qui n’a pas perdu son charme d’antan et conserve encore aujourd’hui son âme de village. C’est Montmartre.

 

Un peu d’histoire

Situé sur une butte de 130 mètres au nord de Paris, dans le XVIIIe arrondissement, Montmartre est un des quartiers les plus visités de la capitale.
Les historiens ne sont pas d’accord sur l’étymologie du nom de Montmartre. Selon certains, son nom viendrait de Mons Martis et Mons Mercurii en raison des vestiges de temples élevés en l’honneur de Mars et de Mercure. D’autres le font dériver du Mons Martyrum (Mont des martyrs) à cause de la légende du martyr Saint-Denis, décapité au 3e siècle, qui a ramassé sa tête et a marché jusqu’à l’emplacement de l’actuelle basilique de Saint-Denis où il a été enterré.
Du XVIIIe au XIXe siècle, Montmartre était un petit village situé à quelques kilomètres de Paris, couvert de vergers, de vignes et de moulins. La vie de ses habitants dont la majorité était des agriculteurs, vignerons, meuniers et carriers, a été déterminée par la richesse de son sous-sol d’où on extrayait un plâtre de qualité.
En 1790 Montmartre était divisé en deux : le bas Montmartre annexé à Paris et la partie haute (le village) rattachée à la capitale en 1860.
Montmartre a été au premier plan des luttes politiques pendant la Commune. C’est dans ce quartier que la Commune a été déclarée le 18 mars 1871. Le gouvernement, préoccupé par l’état d’esprit des Parisiens, demande à l’armée de récupérer les canons dressés sur Montmartre. Arrivés sur la butte, les soldats doivent affronter le soulèvement de la population affamée et excédée. Cependant ils fraternisent avec le peuple et finissent par arrêter leurs officiels. C’est le début de combats sanglants dont Montmartre a été le berceau.

 

La construction du Sacré – Coeur 

 

Basilique_du_Sacré-Cœur_de_Montmartre_2Située au sommet de la butte et dominant toute la ville de Paris, la basilique du Sacré Cœur a été conçue en 1873 pour expier les crimes commis par les communards qui ont ensanglanté la ville. Deux riches bourgeois, Alexandre Legentil et son beau-frère Hubert Rohaut proposent d’édifier un monument pour obtenir le pardon de leurs fautes, requête qui sera acceptée par l’archevêque de Paris, le cardinal Guibert. Le choix du lieu est symbolique car Montmartre a été le point de départ des événements de la Commune. A part les dons, le projet est financé par une souscription nationale.

Pour la construction de l’édifice un concours d’architecture est organisé en 1873, remporté par Paul Abadie. La première pierre est posée le 16 juin 1875. Cette roche provient du Château Landon et a la particularité de blanchir avec l’âge et au contact de l’eau de pluie. Après la mort d’Abadie, cinq autres architectes vont se succéder. L’ensemble sera achevé en 1914 et consacré en 1919 recevant le titre de basilique ce qui veut dire qu’il s’agit d’un lieu de pèlerinage.

La basilique fait 85m. de long et 35m. de large. L’architecture du bâtiment est de style Romano-Byzantin. A l’intérieur, on peut admirer la plus grande mosaïque du monde couvrant une surface de 475m² réalisée par Luc-Olivier Merson ainsi que le gigantesque orgue de Cavaillé-Coll maintes fois restauré et classé monument historique en 1981.

Cloche_La_Savoyarde_du_Sacré-Coeur_de_Montmartre-1907Haut de 84m. le campanile du Sacré Cœur abrite la plus grosse cloche de France, la «Savoyarde», qui pèse 19 tonnes et a été offerte par la Savoie à la France à l’occasion de la construction de cette nouvelle église sur la butte.
Le parvis de la basilique offre une vue splendide ! Pour y monter on peut emprunter le funiculaire ou si l’on est courageux prendre les escaliers.

 

Les moulins et les cabarets dans l’histoire

 

Montmartre était aussi célèbre pour les moulins à vents qu’elle abritait sur sa colline. En 1786, on en dénombrait une douzaine : le Moulin Vieux (qui a été le premier moulin), le Moulin de Prés, le Moulin du Vin, le Moulin de la Fontaine St-Denis, la Lancette, la Turlure, la Grande Tour, la Moyenne Tour, la Petite Tour, le Moulin Paradis, le Moulin des Brouillards et le Moulin de la Poivrière. Ces moulins servaient non seulement à moudre le blé mais aussi à presser les vendanges et à concasser du plâtre ou des galets pour les manufactures de porcelaine. Ils constituaient aussi un lieu privilégié pour la promenade dominicale des Parisiens qui s’y rendaient pour danser, dîner, boire du vin et s’amuser.

 

Vincent_Willem_van_GoghPeu à peu ces moulins ont disparu et il n’y a que deux qui subsistent aujourd’hui : le «Blute-Fin» et le «Radet» qui formaient le célèbre Moulin de la Galette. Son histoire est indissolublement liée à celle de la famille Debray qui en était la propriétaire. Le «Blute-Fin» dont le nom vient du verbe «bluter» (qui signifie tamiser la farine pour la séparer du son), a été construit en 1622. Nicolas Charles Debray, a eu l’idée d’y ajouter une guinguette et d’ouvrir un bal public payant. Le «Blute-Fin» est devenu ainsi le Moulin de la Galette car on y servait des petites galettes de pain chaudes accompagnées d’un verre de lait. Vers 1830, le Petit Père Debray a décidé de transformer le lait en vin et le moulin en cabaret. Plus tard il a servi de music-hall et de studio de télévision. Quant au Radet, transformé en guinguette les jours fériés et les dimanches, il a été sauvé de la démolition grâce aux «Amis du Vieux Montmartre».
Pierre-Auguste_Renoir,_Le_Moulin_de_la_Galette

 

Le Moulin de la Galette a été immortalisé par plusieurs artistes  comme Renoir (Bal du Moulin de la Galette), Van Gogh (La Guinguette), Utrillo (Moulins à vent à Montmartre) et Toulouse-Lautrec (Au bal du Moulin de la Galette).

 

 

 

 

La chanson de Lucienne Delyle nous permet aussi de retrouver l’ambiance joyeuse de cette époque :

 

Un bal sous les branches
C’est un vieux moulin
Qui ne moud plus de grains
Sous ses grandes ailes
Les filles sont belles
C’est un jardin fleuri
Tout en haut de Paris
Le joli moulin d’ la Galette
A des ailes couleur du temps
Et les refrains de ses chansonnettes
Tournent, tournent au rythme du vent…

La modicité du prix du vin, l’ambiance décontractée, les chansons et la fréquentation par les artistes ont donné une renommée mondiale aux cabarets de Montmartre.

 

Au_Lapin_Agile

Parmi eux le «Lapin Agile»  tient une place et une histoire extraordinaires. Situé au 4, rue des Saules, il n’est, en 1860, qu’une guinguette mal famée baptisée Au Rendez-vous des Voleurs qui devient ensuite le Cabaret des Assassins parce que sur ses murs sont accrochées des gravures représentant des scènes de la vie des assassins célèbres.

En 1880, son propriétaire Salz demande au caricaturiste André Gill d’imaginer une enseigne pour le cabaret. Celui-ci peint un lapin vêtu d’une redingote s’échappant d’une casserole. Par jeu de mots le «Lapin à Gill» se transformera en «Lapin Agile». En rachetant l’établissement en 1903, Aristide Bruant va donner un nouveau souffle à la bicoque qui devient le lieu de la bohème artistique de Montmartre. Il est le rendez-vous des peintres tels que Renoir, Utrillo, Braque, Picasso qui a payé un de ses repas avec l’un de des Arlequins et des écrivains comme Apollinaire, Marcel Proust et Max Jacob. L’établissement accueille actuellement de jeunes artistes et musiciens.

 

Le «Chat Noir» est un autre cabaret emblématique qui régnait en maître sur le Paris intellectuel du début du XXe siècle. Sur son enseigne on pouvait lire :

«Passant arrête-toi ! Cet édifice fut consacré aux Muses et la joie».

Plaque_Rodolphe_Salis,_12_rue_Victor-Massé,_Paris_9

 

Conforme à l’esprit de l’époque, son propriétaire Rodolphe Salis parvient à animer un cabaret littéraire où le divertissement saluait la culture et où on croisait des clients de renom. On y voyait Verlaine, Jean Moréas, Alfred Capus, Aristide Bruant. Dans cette enceinte va se créer un art nouveau, le théâtre d’Ombres.

 

 

Actuellement le «Moulin Rouge», situé au pied de la butte de Montmartre depuis 1889, reste le plus célèbre temple de la musique et de la danse dans le monde. Henri de Toulouse Lautrec immortalisera ses scènes colorées et ses danseuses, particulièrement La Goulue.

 

Les vignes de Montmartre

 

Si vous venez visiter Montmartre au mois d’octobre, vous aurez la joie d’assister à des vendanges ! En fait, il s’agit d’une vieille tradition. Bien que les traces des premiers vignobles de Montmartre remontent à l’époque gallo-romaine, c’est grâce aux Abbesses (Dames de l’Abbaye de Montmartre), et surtout Adelaïde de Savoie qui a planté la première vigne, que le vin connaîtra un grand essor. Cependant, à cause des guerres ruineuses et de l’appauvrissement de l’Abbaye, les Abbesses sont obligées de vendre leurs terres. Au XVIe siècle, des laboureurs-vignerons s’y installent. Au XVIIIe siècle, vu les droits d’octroi auxquels était soumis le vin pour entrer dans Paris, les Parisiens viennent boire du vin sur la Butte où se sont ouvertes plusieurs guinguettes et cabarets. Mais après l’annexion de Montmartre à Paris (en 1860), les vignobles disparaissent peu à peu.

Montmartre_vignoble

En 1929, Francisque Poulbot, illustrateur et protecteur des enfants, avec d’autres artistes sauvent un terrain municipal de l’expansion immobilière en y créant un espace vert, le Square de la Liberté où ils plantent des vignes dont le cru se nomme le «Clos Montmartre». En 1934 a lieu la première fête des vendanges. Depuis, chaque année, au début du mois d’octobre est organisée à Montmartre la Fête des vendanges. Un parrain est choisi tous les ans parmi les artistes.

 

Montmartre: village des artistes et des poètes

 

Quand on parle de Montmartre, on a l’impression d’entendre cet air familier : La Bohème, la Bohème, mot qui évoque le rêve et la vie insouciante des artistes qui s’y étaient installés. Il est vrai que ce quartier est devenu le lieu d’élection où les Muses ont trouvé refuge. Dans tous ses coins, Montmartre comptait des ateliers d’artistes qui ont révolutionné la peinture moderne. En 1850, les impressionnistes Renoir, Cézanne, Pissarro, Manet, Degas et Claude Monet se retrouvent au café Guerbois et quelques années plus tard à «La Nouvelle Athènes». Suzanne Valadon et Maurice Utrillo sont des habitués du «Lapin Agile».

«Le Bateau-Lavoir», au 13, rue de Ravignan, est un bâtiment rudimentaire et insolite où se sont retrouvés plusieurs artistes et écrivains : Picasso, Juan Gris, Van Gogh, Apollinaire, Braque, Modigliani et Max Jacob. En ce qui est de son nom, c’est Modigliani qui l’a inventé en voyant un linge sécher à une baie vitrée. En fait, cet immeuble a vu tous les courants de peinture du XIXe siècle : impressionnisme, cubisme, fauvisme. «Nous retournerons toujours au Bateau-Lavoir. Nous n’aurons vraiment été heureux que là» disait Picasso à André Salmon.

Toulouse_Lautrec

 

Il ne faut pas oublier Henri de Toulouse-Lautrec qui est venu s’installer dans un atelier, rue Cortot, et dont le nom est indissolublement lié aux milieux populaires et à la vie nocturne montmartroise qui ont profondément marqué son art. Fréquentant les lieux à la mode, il a immortalisé les femmes et les danseuses qu’il y rencontrait et a réalisé de nombreux dessins et affiches.

 

Montmartre est parvenu à conserver cette ambiance artistique au fil du temps surtout sur la Place du Tertre qui en est le symbole. On y trouve actuellement des peintres et des caricaturistes toujours prêts à croquer le portrait des touristes.

Voici une jolie vidéo sur le quartier de Montmartre tel qu’il a été vu par les peintres:

 

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=afhccRZDS2o[/youtube]

https://www.youtube.com/watch?v=afhccRZDS2o

 

Montmartre et le cinéma: une grande histoire d’amour

 

canal_st_martin

Montmartre a toujours eu ce pouvoir magique d’attirer les cinéastes. Parfois le quartier entier a servi de décor de film. C’est le cas du film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain réalisé par Jean-Pierre Jeunet dans lequel l’attachante héroïne nous emmène dans les petits coins de ce quartier aux allures de village. On y trouve quelques lieux culte du cinéma comme le canal Saint-Martin ou encore le café des Deux Moulins dans lequel travaille Amélie.

 

 

Plusieurs scènes de La Môme, où Marion Cotillard joue le rôle d’Edith Piaf, ont été tournées à Montmartre, tandis que pour La Rafle, film historique qui se passe pendant la Seconde Guerre Mondiale, on a dû reconstituer une partie de la rue Durantin à l’identique de l’époque. Dans Le Passe-muraille (1951), réalisé d’après le roman de Marcel Aymé, le protagoniste est ami avec un artiste peintre de Montmartre. En fait, on peut trouver actuellement sur la place Marcel Aymé du quartier une statue du Passe-muraille.
Un Américain à Paris (1951), La traversée de Paris (1956), Paris je t’aime (le court-métrage réalisé par Bruno Podalydès), Le Ballon rouge d’Albert Lamorisse (1956), L’Auberge espagnole (2001) et le dernier film de Woody Allen Midnight in Paris possèdent au moins une scène tournée à Montmartre.

Pour toutes ces raisons, le quartier de Montmartre ressemble à une machine à remonter le temps qui permet au visiteur de franchir l’entrée d’un lieu enchanteur. Ici le passé se vit au présent, presque intemporellement et tout semble être chargé de nostalgie et de poésie ! Y-a-t-il quelqu’un parmi vous qui puisse rester insensible à son charme ?

CHRYSOULA ROUGA

 

Sitographie

http://www.montmartrenet.com/histoire.php
http://amontmartre.com/cadrinfo_fr.html
http://montmartre-hier.blogspot.gr/search/label/Moulins%20de%20Montmartre
http://www.lemoulindelagalette.fr/son-histoire/
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1434608/f5.zoom.r=.langFR
http://pietondeparis.canalblog.com/archives/2007/12/07/7154458.html
http://amontmartre.com/peintrinfo_fr.html
http://www.montmartre-site.com/articles/films-montmartre.html

Le blog sera en vacances à l’instar de son auteur. Je vous remercie de m’avoir suivie pendant cette année et j’attends de vous retrouver nombreux à la rentrée.
Passez un bel été et que la rentrée soit créative pour tous !