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La France et les Contes

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« Le conte est difficile à croire ; Mais tant que dans le monde on aura des enfants, Des mères et des mères-grands, On en gardera la mémoire. » Charles Perrault

Au temps jadis…

Le Moyen Age ignore le conte ou, plutôt, il n’en cerne pas la nature puisque tout récit peut être appelé « conte ». En fait, il faut attendre la Renaissance pour commencer à entrevoir les contes mais indirectement, à travers les situations où ils s’énoncent et s’échangent. Boccace a campé une occasion de racontage: Le Décaméron: Florence en 1348, la peste noire, les sept jeunes femmes en deuil, l’election de la reine du jour, l’ordre qu’elle donne à conter. En France les Évangiles des quenouilles rédigés en Flandre vers 1460, sont, selon leur auteur, pris sous la dictée du cercle des voisines réunies « après souper, pour cause d’ébat et de passe temps, ès langues nuits entre le Noël et la chandeleur ». Elles parlent d’amour, de maux et de magie.

 

Perrault, l’inventeur :

Parues en 1967 sous la signature de Pierre Darmancour – le jeune fils de Charles Perrault -, les Histoires ou Contes du temps passé n’inaugurent pas la veine. La voie a été ouverte par Mlle Lhéritier, nièce de Perrault, et aussi par la très scandaleuse Mme d’Aulmoy qui glisse dans son Histoire d ‘Hypolite, comte de Duglas en 1960, une Ile de la Félicité dont la source est certainement orale.

Mme d’Aulmoy possède une connaissance plus étendue de la matière orale, elle refait seize contes pris à la tradition, elle multiplie à plaisir les interventions féeriques, elle fait du récit initial un jaillissement permanent de surprises et d’enchantement.

À l’inverse, Perrault,  atteint vite une sorte de perfection épurée où l’on reconnaît l’art raffiné qui en suscite l’illusion plus vraie que nature. Retenons quelques traits de cette originalité stylistique. Elle implique une conscience profonde de la poétique du conte qui entraîne le renoncement aux façons communes du roman et de la nouvelle. Le pittoresque descriptif et les justifications psychologiques cèdent le pas au pur enchaînement des actes. Dans le détail, il prend plus ou moins de liberté avec l’héritage oral qu’il revendique. On sait, par exemple, que l’art de conter s’appuie très souvent sur la réitération des épisodes: les mésaventures de deux héros précédant la réussite, exaltée par contraste du troisième.

*Éléments extraits de l’article : Daniel Fabre, Poverbes, contes et chansons, Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, Gallimard

Perrault use de cette forme sans s’y soumettre. Il l’oublie en route dans Le Chat botté, il la gauchit dans Cendrillon où le troisième bal est comme remplacé par la description dédoublée du second, du point de vue de l’héroïne puis de ses méchantes sœurs. De même manipule-t-il à sa guise le retour des formules, ces sortes de refrains dont il connaît la puissance fascinatrice et la force mémorielle; ressorts humoristiques dans Le Petit Chaperon rouge, tout empreint d’une imitation du babil enfantin, elles deviennent les points d’appui de l’attente dramatique dans le final de Barbe-Bleue.

Les « contes originaux » sont pour Perrault des « contes de vieille roche » qui ont connu la lente érosion du temps, qui s’accordent à la mémoire et dont « la morale est très claire ».

Ils sont moins les fruits d’une histoire lointaine que les produits lentement polis de la tradition que Perrault imagine et fait graver au seuil de son livre sous les traits d’une servante conteuse – la vieille, la nourrice, la mère l’Oie, la mie – qui rassemble devant la cheminée bourgeoise le cercle des enfants de tout âge. Comme les contes sont l’enfance de l’art du récit, les enfant en jouissent avec naturel et Perrault souhaite de toute son énergie que l’écrit prolonge, répande et améliore ce plaisir en explicitant sa morale.

Perrault en bénéficie aussi de la fièvre, parisienne mais aussi provinciale, qui saisit le petit monde, surtout féminin, des rédacteurs et des amateurs de contes de fées. Y compris chez Perrault les fées sont sorties des forêts et des grottes, des étables et des cuisines pour tramer les destins au grand jour de leur royaume.

Dès 1723, des ateliers troyens obtiennent permission d’imprimer ses contes. Leurs éditions se succèdent à partir de 1737. Elles gagnent entre 1760 et 1820 tout le circuit des imprimeurs de colportage: Rouen, Orléans, Metz, Toulouse…, d’autant que s’impose alors l’habitude de publier chaque conte à part, en un petit livret illustré. Avant la Révolution paraissent les premières gravures sur cuivre, le récit y est réduit à de brèves légendes, puis, après 1830, les grandes images compartimentées, gravées et coloriées à Épinal.

Perrault peu à peu s’efface ou, plutôt, se trouve élevé au rang d’une allégorie. Dès 1716, on lui attribue des récits qu’il n’a pas écrits, il devient l’auteur générique, le « maître des contes ». Il tient la plume d’une tradition qui se donne à lire et à voir pour enfin prendre place proverbiale dans le langage de tous: « Nous avons fini par utiliser certaines de ses noms propres en guise de noms communs: nous disons ainsi une Cendrillon, un Barbe-Bleue, un Petit-Chaperon rouge ou un Prince Charmant…  »

Les contes sortiront de l’ombre avec le premier romantisme. Nodier voue à Perrault un véritable culte, Leroux de Lincy le publie avec soin et le baron Walkenaer, dans ses Lettres sur les contes de fées attribués à Perrault et sur l’origine des fées, déchire le voile: « La croyance aux fées était la mythologie de nos ancêtres, c’est une production du sol de notre patrie; elle ne nous est pas venue ni des Grecs ni des Romains, comme l’ont prétendu quelques savants: elle est née dans notre France, elle nous est propre, elle nous appartient. » Beaucoup de grandes collectes du second Empire redécouvrent des modes de circulation que l’on avait oubliés – les marins, les soldats, les bucherons et les pèlerins mais Perrault demeure comme le parangon de tout quêteur de tradition.

Les Smith, Sébillot ou Pourrat partis à la recherche du peuple des « vieilles » et des « mies » de leur enfance ont revécu l’expérience originelle, celle dont Bladé, le découvreur de l’oralité gasconne, a laissé le récit exemplaire:

*Éléments extraits de l’article : Daniel Fabre, Poverbes, contes et chansons, Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, Gallimard

 

Autrefois était autrefois, et aujourd’hui est un autre temps…

Lorsque Perrault proposa le conte en 1697, il était bien loin de se douter que son Petit Chaperon Rouge allait devenir grand et réussir à maîtriser le loup ! En 1998, la Maison Chanel et son Directeur Artistique de l’époque, Jacques Helleu, s’allient à Luc Besson le temps d’une publicité. Le produit en question n’étant autre que le parfum le plus vendu au monde Chanel N°5. Pour cette publicité, le réalisateur opère un total retournement de la situation et des rôles des personnages du conte.

Rappelons – nous…

 

Selon Proust les contes que projette la lanterne magique en un « vitrail vacillant et momentané » font éprouver à l’enfant, un inquiétant envoûtement qui l’exile de sa chambre et de son corps, l’éblouissant jusqu’au vertige.

On ne saurait décider d’où provient ce charme ambigu : des souvenirs personnels attachés à ces moments ou de la vertu propre de ces récits et de ces airs, celle que chaque transmission renouvelle, celle que chaque auditeur reconnaît? Voilà la question de Daniel Fabre.

À vous de réfléchir

Je vous remercie et à très bientôt j’espère avec le prochain article également… féerique ! 😉


 

Bibliographie

Jean – François Bladé, Contes populaires de la Gascogne, Maisonneuve
Mary Elisabeth Storer, La Mode des contes de fées, Champion
Daniel Fabre, Poverbes, contes et chansons, Pierre Nora, Les Lieux de Mémoire, Gallimard
Boccace, Le Décaméron, Garnier
Gilbert Rouger, Contes de Perrault, Garnier
Marc Soriano Contes dans Le Mercure galant, Gallimard
Marc Soriano, Les Contes de Perrault, culture savante et traditions populaires, Gallimard

 

 

20 thoughts on “La France et les Contes

  1. Belles photos!
    Τα παραμύθια για εμένα έχουν μαγική αύρα…
    Mon conte prefere est le Cendrillon :)

  2. Merci Ermina pour ce bon article et les photos. Juste une idée. On peut faire un exercice sur l’imparfait et le passé composé en faisant moderniser un conte. Par exemple Cendrillon. :)

      1. Moi aussi j’adore les idées de Simla ! :)
        Les filles, Simla et Alicja, merci beaucoup pour vos commentaires.
        Bisous d’ Athènes :)

  3. Παραμύθια !!!!!!!!!!! Τι να λέμε τώρα …. απίστευτο το άρθρο σου ….. Συγχαρητήρια ….

  4. Τι ωραίο θέμα , ποιος δεν βλέπει ακόμα παραμύθια ? Ποιος δεν τα διαβάζει ?

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